Retards de paiement des grandes entreprises des solutions existent

A la lecture du rapport annuel de l’Observatoire des délais de paiement le constat est sans appel : les grandes entreprises sont à nouveau pointées du doigt pour leur retard de paiement chronique. Première victime : la trésorerie des TPE et PME. La situation n’est pas nouvelle et même si on note une tendance à l’amélioration, les grandes structures (publiques ou privées) font encore preuve de retard en la matière.
Phénomène structurel de l’économie française, cette situation a donné lieu à la naissance de nouveaux acteurs alternatifs et autant de nouvelles solutions pour combattre les retards de paiement.

Fin-Track a eu l’opportunité de rencontrer l’un des acteurs les plus représentatifs de cette nouvelle vague : Finexkap. Ses fondateurs, Arthur de Catheu et Cédric Teissier, partagent aujourd’hui leur vision d’entrepreneur dans un entretien exclusif accordé aux lecteurs de Fin-Track.
Finexkap : Arthur de Catheu et Cédric Teissier

Pourquoi créer une solution qui combat les délais de paiement ?

Nous sommes entrepreneurs dans la Fintech depuis 10 ans. Egalement persuadés que la vague digitale va transformer les services financiers et que l’on en est qu’au début. Nous avons monté une première entreprise ensemble : Palico, spécialisée dans le private equity. Et puis nous avons décidé de nous rapprocher des considérations quotidiennes des entreprises. Et quelles sont-elles…?

Le cash, le cash et le cash !

Nous voulons apporter un système de financement facile, simple et transparent aux entrepreneurs concernant leur trésorerie.

Nous avons tous assisté à l’émergence des géants l’e-commerce B2C, comme Amazon et Ali Baba. Aujourd’hui nous voyons le même phénomène se dérouler dans l’univers B2B. Les relations interentreprises se digitalisent. Notamment par l’envoi de factures digitalisées ou la gestion de la comptabilité avec des outils cloud. Ainsi on assiste à l’émergence de canaux de commercialisation B2B. Cela crée pour les entreprises une cristallisation autour des délais de paiement. Il faut se rappeler que les délais de paiement demeurent la première source de financement de trésorerie des entreprises. Le but de Finexkap est de transformer ces délais de paiement en actifs.

Une solution technologique d’avant garde

Quand on regarde l’évolution de votre société, le premier mot qui vient en tête est success story. Comment l’expliquez-vous ? En somme, qu’est-ce qui vous différencie des autres acteurs ?

De manière générale, c’est notre parti pris technologique. Notre vision de base est de ne pas seulement digitaliser les processus de prêt, mais d’utiliser la technologie pour déterminer le moment où le professionnel a des besoins de trésorerie. Ainsi nous pouvons apporter une réponse rapide et claire à toute demande. Cela nous a permis de nous insérer dans une multitude d’écosystèmes partenaires : logiciels de comptabilité, plateformes de facturation électroniques, market places B2B. Pour nous y intégrer plus facilement nous avons développé un monstre technologique qui permet de faire des analyses crédits, pour le client de signer des documents en ligne et de gérer ses véhicules de refinancement. Nous avons également un très bon bilan des défaillances dans la Fintech. Ainsi nos avancées technologiques ne se font jamais au détriment des investisseurs.

Du travailleur indépendant à la grosse PME

Quelle sont les profils de société qui font appel à Finexkap?

Nos clients vont du travailleur indépendant à la grosse PME. Notre plus gros client a un chiffre d’affaire de 150 millions d’euros. Mais notre cœur de métier reste les TPE et travailleurs indépendants. Les grosses entreprises et ETI (entreprises de taille intermédiaire) demeurent pour nous difficiles à atteindre, les banques restant plus compétitives sur ce secteur. D’une manière générale le marché de l’affacturage est très compétitif pour les grosses sociétés. Elles viennent nous voir quand elles ont besoin de certaines spécificités.

Quels sont vos axes de développement?

Depuis le début nous avons financé pour plus de 150 millions d’euros. Notre développement se fera notamment à travers l’intégration dans les solutions de gestion, les plateformes de dématérialisation de facture ainsi que les market places B2B. Nous collaborons par exemple avec les plateformes Yoss et Malt. C’est un domaine dans lequel nous constatons une croissance que l’on peut presque qualifier d’exponentielle.

Une valeur ajoutée immédiate

Qu’est-ce que vient chercher un client chez vous ?

Il vient chercher de la trésorerie de manière simple, un outil flexible, sans engagement et rapide en termes de processus de décision. L’entrepreneur ne peut pas se permettre d’attendre une réponse pendant 2 ou 3 semaines. Il désire aussi ne pas laisser de garanties, une offre transparente (dont le prix ne varie pas) et cette promesse du 100% digital. Tous les points complexes du processus sont remplacés par la technologie. Ce qui crée un cercle vertueux.

Des retards de paiement trop souvent fatals aux entreprises

Croyez-vous que les entreprises françaises prennent suffisamment au sérieux le sujet des délais de paiement ?

C’est à la fois aux entreprises et aux autorités publiques de prendre le sujet au sérieux. Ces dernières alertent sur le fait que les délais de paiement tuent encore beaucoup d’entreprises, ce qui n’est pas normal. Les gouvernements se sont saisis du sujet mais les mentalités sont dures à faire évoluer. De plus la culture cash n’est encore pas assez répandue dans les entreprises, ce qui est un frein à la prise de conscience de l’importance des délais de paiement.

Des solutions traditionnelles inadaptées

On constate qu’en France seulement 2% des entreprises ont recours à des solutions telles que l’affacturage. Or ce n’est pas le cas à l’étranger où ces chiffres sont plus hauts, avez-vous une explication à cette situation ?

Car le marché en France est oligopolistique, partagé par 13 banques. Quand le système fonctionne et qu’il est rentable, la tentation de changer est forcément moins grande. Les offres sont du coup très inadaptées aux problématiques des TPE PME, car beaucoup trop complexes. Du coup, sur 1.5 millions de PME en France, seulement 30 000 ont recours à l’affacturage. Au Royaume-Uni par exemple, il n’y a pas 13 acteurs mais 90, du coup il y a plus d’offres adaptées aux TPE/PME. Le taux de pénétration dans ces marchés est ainsi plus important.

Une mauvaise connaissance des outils disponibles

Peut-on en conclure que les entreprises françaises sont trop peu informées sur les solutions existantes et notamment sur les outils d’affacturage ?

Tout à fait, elles n’ont clairement pas connaissance des outils malgré quelques campagnes de pédagogie à cet égard. L’exemple le plus parlant est que les délais de paiement n’ont pas significativement évolué depuis le début de Finexkap il y a 5 ans.

A qui de faire cette pédagogie ?

Les autorités publiques le font mais sans beaucoup d’impact. Il semblerait que ce soit aux écosystèmes de le faire, comme les éditeurs de logiciels utilisés par les Directeurs des Affaires Financières ou les associations professionnelles. Il faut une prise de conscience collective. Que l’exemple vienne dans haut nous parait également incontournable. Il faut que les grandes entreprises montrent l’exemple, car si elles ne payent pas en temps et en heure, cela se répercute sur toute la chaîne et ce sont les petites entreprises prestataires qui en subissent les conséquences.

…et en cas d’excédents de trésorerie ?

A l’inverse, quels conseils donnez-vous aux PME françaises qui ont une trésorerie excédentaire mais qui subissent tout de même des délais de paiement longs ?

Il est vrai que ce type de structure est peu sensible à notre solution car en France la culture cash n’est encore pas assez développée. Notre rôle est d’abord pédagogique.

De manière purement comptable ou financière, avoir un tiers de sa trésorerie dans le compte en banque de ses clients (c’est le poids moyen du poste clients sur un bilan), n’est pas optimal. Même si elles ont un excédent, elles pourraient avoir encore plus de trésorerie et donc être encore mieux gérées. Et concernant les sociétés  qui ont une trésorerie fortement excédentaire notre rôle est bienveillant puisque nous leur proposons de la faire fructifier via nos fonds d’investissement, pour que d’autres PME en profitent.

 

Nous tenons à remercier Arthur de Catheu et Cédric Teissier pour leur disponibilité et leur franchise.

Vous avez une question ou une réaction ? Faites nous part de vos commentaires ci-dessous.

Information de l’auteur :

Finexkap est une société d’affacturage fondée en 2012 par Arthur de Catheu et Cédric Teissier qui permet de financer les factures clients en attente de paiement de manière totalement dématérialisée. Le modèle est novateur dans le secteur et connaît un succès notable : reconnue meilleure start-up fintech par JP Morgan en 2015, plus grosse croissance pour une startup en France en 2016 et enfin meilleure plateforme de financement en Europe l’année suivante.

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Thomas Julia

A propos de l'auteur,

Thomas vous apporte son expertise en relations publiques et marketing digital, acquise lors des dix dernières années à Bruxelles, Paris et Barcelone. Toujours à l'écoute de vos besoins pour y répondre de manière la plus efficace possible.

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